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La perspective d’un soutien du Sénégal à une candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies suscite une vive controverse. L’information, relayée par des médias congolais à la suite de la visite officielle du président Bassirou Diomaye Faye à Brazzaville, a rapidement alimenté le débat politique et citoyen à Dakar. Bien que Macky Sall n’ait pas encore officialisé sa candidature, l’hypothèse d’un appui sénégalais divise profondément la classe politique et la société civile.
Une opposition ferme au sein du Pastef et de la société civile
Le député Guy Marius Sagna, figure de l’aile dure du Pastef, a rejeté catégoriquement l’idée d’un soutien officiel, estimant qu’il s’agirait d’une « trahison envers les martyrs » des années de contestation sous le régime Sall. Il rappelle les arrestations, les violences et les pertes en vies humaines qui ont marqué les relations entre l’ancien pouvoir et l’opposition. De son côté, Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty Sénégal, a dénoncé un « compromis inacceptable », rappelant que plus de 65 Sénégalais ont perdu la vie entre 2021 et 2024 lors des manifestations et de la crise politique liée au report de l’élection présidentielle.
Une équation politique et diplomatique délicate
Pour Dr Demba Guèye, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop et spécialiste de l’analyse du discours, la question place le pouvoir face à une équation complexe. Ne pas soutenir une candidature africaine, surtout si elle est portée par l’Union africaine, pourrait fragiliser la position diplomatique du Sénégal. Macky Sall conserve en effet des relations solides avec plusieurs chefs d’État africains, et un refus de soutien pourrait créer un décalage avec certains partenaires stratégiques.
Un choix à double tranchant
La décision apparaît comme un véritable dilemme :
Soutenir Macky Sall : renforcer l’image du Sénégal comme acteur diplomatique engagé en faveur d’une candidature africaine, mais au prix d’une fracture interne et d’un rejet par une partie de la base militante du Pastef. Refuser le soutien : préserver la cohérence politique interne et la mémoire des victimes, mais risquer un isolement diplomatique vis-à-vis de certains alliés africains.
Le rôle d’Ousmane Sonko
Dans l’opinion publique, le poids politique d’Ousmane Sonko et son image de Premier ministre perçu comme indépendant pourraient compliquer la gestion du dossier. Même si la décision relève formellement de la compétence présidentielle, une partie de la population pourrait l’attribuer directement à Sonko, accentuant les tensions internes.
L’éventualité d’un soutien du Sénégal à Macky Sall pour l’ONU divise profondément. Guy Marius Sagna et Seydi Gassama dénoncent une « trahison » envers les victimes du régime précédent. Dr Demba Guèye souligne les enjeux diplomatiques et politiques contradictoires. La décision, attendue dans les prochains mois, s’annonce comme un test majeur pour l’équilibre entre diplomatie et mémoire politique au Sénégal.





