0076/HAAC/01-2023/pl/P
Le Sahel a cessé de demander la permission. En fondant l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont acté une rupture historique avec la CEDEAO, jugée stérile et intrusive. Leur message est clair : la sécurité, le développement et les choix stratégiques ne se négocient plus à distance.
La désignation du général de brigade Daouda Traoré à la tête de la force conjointe de l’AES symbolise cette nouvelle architecture sécuritaire pensée par et pour le Sahel. Ce choix traduit une volonté de reprendre la maîtrise des leviers vitaux, dans un contexte où les sanctions imposées par la CEDEAO étaient perçues comme punitives et contre-productives.
Au-delà de la sécurité, l’AES affiche une ambition économique et politique :
- Interconnexions énergétiques pour réduire la dépendance extérieure.
- Réseaux de communication partagés afin de renforcer la coopération régionale.
- Un marché commun en gestation, destiné à fluidifier les échanges intra-Sahel.
- Une ambition monétaire à l’horizon, qui viserait à consolider la souveraineté économique.
Cette stratégie traduit une volonté de transformer la solidarité en puissance. Les trois pays cherchent à bâtir un panafricanisme de résultats, pragmatique et souverain, tourné vers l’avenir.
Les défis restent immenses : insécurité persistante, pressions diplomatiques, fragilités économiques. Mais l’option est prise : l’union comme rempart et moteur. En se serrant les coudes, le Mali, le Burkina Faso et le Niger redessinent peut-être une nouvelle carte du pouvoir régional, où les slogans cèdent la place à des projets concrets.
Le retrait de la CEDEAO n’est donc pas un caprice, mais un acte politique assumé. L’AES entend prouver que le Sahel peut agir sans tutelle extérieure. Comme le résume un observateur régional : « Le Sahel n’explique plus. Il agit. »





