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Depuis près de huit décennies, le dollar américain règne en maître incontesté sur l’économie mondiale. Symbole de puissance et instrument de domination, il est devenu la colonne vertébrale du commerce international, des réserves de change et des transactions énergétiques. Mais depuis 2022, des fissures apparaissent dans ce système monétaire hégémonique. La Chine, avec une stratégie méthodique et silencieuse, construit les fondations d’un nouvel ordre financier qui pourrait, à terme, détrôner le billet vert.
L’exclusion de la Russie du système SWIFT, décidée par les puissances occidentales en réponse à la guerre en Ukraine, a été un électrochoc. Pékin y a vu la preuve que l’architecture financière mondiale pouvait être instrumentalisée comme une arme politique. En réaction, la Chine a accéléré le développement du CIPS (Cross-Border Interbank Payment System), une alternative au SWIFT, permettant aux banques et entreprises de contourner les sanctions américaines.
Ce système, encore limité en volume, gagne du terrain grâce aux alliances stratégiques de Pékin avec les pays des BRICS et d’autres économies émergentes. L’objectif est clair : bâtir une autoroute financière parallèle, indépendante de Washington.
La Chine ne se contente pas d’un système de paiement alternatif. Elle mise également sur l’innovation technologique avec le Yuan numérique (e-CNY). Cette monnaie digitale, contrôlée par la Banque populaire de Chine, permet des transactions instantanées, sécurisées et traçables, tout en réduisant la dépendance au dollar.
Parallèlement, le projet mBridge, mené en collaboration avec Hong Kong, la Thaïlande et les Émirats arabes unis, vise à créer une plateforme de paiements transfrontaliers basée sur la blockchain. Si ce projet se concrétise à grande échelle, il pourrait révolutionner les échanges internationaux et affaiblir encore davantage la suprématie du dollar.
Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) représentent déjà une part considérable de l’économie mondiale. En élargissant ce bloc à de nouveaux membres comme l’Arabie saoudite ou l’Iran, Pékin renforce son influence et pousse à l’utilisation de monnaies locales ou du Yuan dans les transactions énergétiques et commerciales.
Le pétrole, longtemps vendu exclusivement en dollars, commence à être échangé en Yuan. Ce basculement, même partiel, constitue une menace directe pour le « pétrodollar », pilier de l’hégémonie américaine.
Certains analystes parlent déjà d’une « Troisième Guerre mondiale silencieuse », menée non pas avec des chars ou des missiles, mais avec des systèmes de paiement, des monnaies numériques et des alliances économiques. La Chine avance prudemment, sans confrontation directe, mais avec une stratégie de long terme qui pourrait redessiner la carte du pouvoir mondial.
La question reste ouverte : le Yuan peut-il réellement remplacer le dollar d’ici dix ans ? Les obstacles sont nombreux : manque de confiance internationale, contrôle strict de Pékin sur sa monnaie, et inertie d’un système où le dollar est profondément enraciné. Mais l’évolution actuelle montre que le monde se dirige vers une multipolarité financière, où le billet vert ne sera plus seul maître à bord.





