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Le Mali vient de perdre l’une de ses figures les plus influentes. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, numéro deux du régime de transition, a été tué le samedi 25 avril 2026 lors d’une attaque complexe visant sa résidence à Kati. L’assaut, revendiqué par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), a provoqué un séisme politique et sécuritaire dans un pays déjà fragilisé par la guerre et les tensions internes.
Né en 1979 à Kati, Camara était plus qu’un officier supérieur : il incarnait la colonne vertébrale de la junte. Ancien directeur du Prytanée militaire de Kati, il faisait partie du cercle restreint des cinq colonels qui ont renversé Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020. Reconduit à son poste après le « coup d’État dans le coup d’État » de mai 2021, il entretenait une relation de confiance absolue avec le général Assimi Goïta, chef de la transition, malgré des rumeurs de dissensions apparues fin 2025.
Surnommé « l’homme de Moscou », Camara fut l’artisan du pivot géopolitique du Mali vers la Russie. C’est sous son impulsion que les instructeurs russes et les forces d’Africa Corps (ex-Wagner) ont été déployés, accompagnés de livraisons massives d’équipements militaires. Ce choix stratégique a marqué une rupture radicale avec les partenaires occidentaux, redessinant le rapport de force sur le terrain et consolidant la souveraineté revendiquée par Bamako.
Réputé pour son austérité et son silence médiatique, Camara incarnait la ligne dure de la refondation militaire. Sa disparition, survenue en même temps que celle de plusieurs de ses proches et gardes du corps, constitue le choc le plus sévère porté à l’appareil d’État depuis le début de la transition. Le gouvernement a décrété un deuil national de deux jours pour saluer la mémoire de celui qui, pendant six ans, fut le maître d’œuvre de la reconstruction de l’armée malienne.
Au-delà de l’émotion, son décès ouvre une période d’incertitude. Le Mali perd non seulement un stratège militaire, mais aussi l’architecte de son repositionnement diplomatique. La question désormais est de savoir si l’équilibre fragile bâti autour de son influence pourra survivre à cette disparition brutale, ou si le pays s’engagera dans une nouvelle phase de turbulences politiques et sécuritaires.





