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Le 17 décembre 2011, la mort du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il a plongé la Corée du Nord dans un deuil national d’une intensité rarement observée, même pour ce régime habitué aux démonstrations extrêmes. Pendant plusieurs jours, la population a été contrainte de participer à des rassemblements massifs, de pleurer publiquement et de manifester une tristesse absolue.
Des haut-parleurs diffusaient en boucle des chants funèbres, tandis que la télévision nationale projetait sans interruption des images du « Leader bien-aimé ». Toute la société s’est figée, suspendue à ce rituel imposé. Mais très vite, les autorités ont commencé à punir ceux jugés insuffisamment sincères dans leur deuil.
Selon de nombreux témoignages relayés par Daily NK, ainsi que par ABC News, Reuters et The Guardian en janvier 2012, des centaines de personnes auraient été arrêtées et envoyées dans des camps de travail pour « manque de sincérité ». Certains étaient dénoncés pour n’avoir pas assez pleuré, d’autres pour avoir souri, parlé normalement ou simplement poursuivi leur travail sans verser de larmes. Des cas de familles entières envoyées en camp pour « faute collective » ont également été rapportés.
Les peines infligées consistaient généralement en plusieurs mois de rééducation par le travail, dans des conditions extrêmement dures : travaux forcés, malnutrition, violences et absence totale de droits.
Le régime nord-coréen a toujours nié ces accusations, les qualifiant de propagande mensongère. Pourtant, pour les observateurs internationaux, ces témoignages illustrent la brutalité d’un système où l’expression des émotions est surveillée et contrôlée, et où le moindre écart peut être assimilé à une faute politique.
Ce deuil forcé, imposé à des millions de citoyens, reste l’un des épisodes les plus marquants de la transition de pouvoir en Corée du Nord, révélant la mécanique implacable d’un régime où la loyauté se mesure jusque dans les larmes.





