0076/HAAC/01-2023/pl/P
Pendant des décennies, le franc CFA a été perçu comme l’incarnation d’une dépendance vis-à-vis de la France. Les critiques dénonçaient une monnaie héritée de la colonisation, symbole d’un contrôle extérieur. Mais aujourd’hui, le débat prend une tournure nouvelle : le principal obstacle à la création de l’ECO, la future monnaie unique ouest-africaine, ne semble plus venir de Paris, mais des divisions internes entre États africains.
Depuis Nairobi, Emmanuel Macron a rappelé que la France avait tenu ses engagements de réforme annoncés en 2019. La suite, a-t-il insisté, dépend désormais des pays africains eux-mêmes. Une déclaration lourde de sens : l’argument de l’entrave française ne suffit plus.
La réalité est complexe : Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont choisi une autre voie, en rupture avec l’UEMOA et la CEDEAO. Les pays de l’UEMOA avancent à des rythmes différents, sans réelle synchronisation. La CEDEAO elle-même reconnaît une faible convergence économique et reporte encore l’ECO.
Ces divergences fragilisent l’idée d’une union monétaire crédible et retardent son avènement.
Le discours souverainiste reste puissant, porté par une volonté d’émancipation. Mais comme le souligne l’économiste togolais Kako Nubukpo, il faut éviter un « souverainisme de repli » fondé uniquement sur le ressentiment contre l’Occident, sans projet économique solide. Réformer ses finances publiques, harmoniser les économies et accepter des règles communes sont des étapes autrement plus difficiles que de dénoncer un ennemi extérieur.
Le panafricanisme ne peut se réduire à des slogans. Il exige des choix douloureux, une discipline budgétaire et une coopération réelle entre États. La balle n’est plus dans le camp de Paris : elle est désormais dans celui des dirigeants ouest-africains.
La question n’est plus de savoir si la France bloque l’ECO, mais si l’Afrique de l’Ouest est prête à dépasser ses propres divisions pour construire une monnaie commune. Le véritable défi est interne : bâtir une union monétaire crédible, fondée sur la convergence économique et la volonté politique. Sans cela, le rêve de l’ECO restera un horizon lointain.





