Dette publique dans l’UEMOA en 2025 : au-delà des chiffres, la question de la soutenabilité

Une infographie largement relayée en 2025 met en lumière le niveau d’endettement des huit États membres de l’UEMOA. Les données révèlent un classement allant du plus endetté au moins endetté : Sénégal (111 % du PIB), Guinée-Bissau (81 %), Togo (67 %), Burkina Faso (59 %), Côte d’Ivoire (57 %), Bénin (56 %), Mali (53 %) et Niger (48 %). La moyenne régionale s’établit à 66 % du PIB, frôlant le critère de convergence fixé à 70 %. Trois pays dépassent ou approchent ce seuil : le Sénégal, la Guinée-Bissau et le Togo.

Le cas sénégalais retient particulièrement l’attention. Les audits menés en 2024 et 2025 ont révélé des engagements jusque-là mal comptabilisés, entraînant une réévaluation significative de la dette publique. Cette découverte a conduit le FMI à revoir son analyse de la soutenabilité de la dette sénégalaise, soulignant l’importance d’une transparence accrue dans la gestion budgétaire.

Cependant, un ratio dette/PIB ne suffit pas à lui seul pour juger de la santé financière d’un État. Deux pays affichant un niveau d’endettement similaire peuvent présenter des risques très différents selon leur capacité à mobiliser des recettes fiscales, le coût de leur dette, la part de dette extérieure, la maturité des emprunts, leur rythme de croissance économique ou encore la qualité des investissements financés. Ainsi, une dette de 59 % au Burkina Faso ou de 57 % en Côte d’Ivoire peut être plus soutenable qu’une dette plus faible dans un pays où les recettes fiscales sont limitées ou les coûts d’emprunt plus élevés. À l’inverse, dépasser le seuil de 70 % n’implique pas nécessairement une crise immédiate si l’économie connaît une forte croissance et que les fonds empruntés financent des projets productifs.

Le véritable enjeu pour l’UEMOA ne réside donc pas uniquement dans le respect d’un plafond de dette, mais dans la capacité à garantir une dette soutenable, transparente et orientée vers le développement. Une dette qui finance des infrastructures, l’éducation, la santé ou l’énergie constitue un investissement pour l’avenir. En revanche, une dette utilisée principalement pour couvrir des dépenses courantes risque d’affaiblir durablement les finances publiques.

Les chiffres sont importants, mais leur interprétation l’est davantage. La solidité économique d’un pays se mesure à la qualité de sa gouvernance budgétaire et à sa capacité à transformer l’endettement en croissance durable. Pour l’UEMOA, l’enjeu est clair : faire de la dette un levier de développement plutôt qu’un fardeau.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

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