Centrafrique : Pabandji, ANTASER et le HCC : Et si Sani Yalo et Mapenzi lui réclamaient leur argent volé lors du procès du 20 août 2026 ?

À quelques jours de l’audience correctionnelle du 20 août, le dossier de Martial Pabandji pose une question qui dépasse sa personne : peut-on être à la fois haut conseiller d’une institution constitutionnelle indépendante et demeurer intéressé aux affaires d’une entreprise engagée dans un contentieux majeur avec l’État ? L’arrêt du Conseil d’État du 31 juillet 2026 et les circonstances de son interpellation le 7 août donnent au dossier une tout autre profondeur.

Il y a des affaires judiciaires qui racontent davantage qu’une simple confrontation entre un prévenu et le ministère public. Celle qui concerne Martial Pabandji, haut conseiller au Haut Conseil de la Communication, en fait partie. Car derrière le dossier correctionnel dont la prochaine audience est annoncée pour le 20 août 2026 apparaît une question institutionnelle autrement plus embarrassante : celle du mélange des genres entre fonction publique, intérêts économiques, contentieux administratif et communication politique.

Un élément est incontestable : la Constitution centrafricaine de 2023 dispose, en son article 164, que les fonctions de membre du Haut Conseil de la Communication sont incompatibles avec « toute activité lucrative », ainsi qu’avec toute fonction de représentation professionnelle ou tout emploi salarié, à l’exception de l’enseignement et de l’exercice de la médecine. Le même texte affirme l’indépendance du HCC à l’égard de tout pouvoir politique, parti, association ou groupe de pression.

Or les propres présentations publiques du parcours de Martial Pabandji le décrivent comme entrepreneur et créateur d’ANTASER-RCA, société créée en partenariat avec des investisseurs occidentaux, avant son intégration dans le groupe PADIMA. Une publication consacrée à son parcours entrepreneurial indiquait encore qu’ANTASER-RCA assurait depuis 2021 la délivrance des bordereaux électroniques de suivi et de sécurisation des cargaisons en Centrafrique.

Voilà donc la première question, celle que les institutions ne peuvent pas évacuer par une simple déclaration de solidarité : quelle est aujourd’hui la situation juridique exacte de Martial Pabandji au regard de ses intérêts économiques dans ANTASER ou PADIMA et de son mandat au HCC ?

Il ne s’agit pas ici de condamner un homme avant son procès. Il s’agit de lire la Constitution. Si une personne exerce effectivement les fonctions de membre du HCC tout en conservant une activité lucrative ou des intérêts économiques incompatibles avec cette fonction, ce n’est pas un détail biographique. C’est une question de conformité institutionnelle.

Et cette question devient particulièrement sensible lorsque l’entreprise à laquelle cet homme est publiquement associé se trouve engagée dans un contentieux contre l’État.

Le document judiciaire désormais disponible permet de remettre les faits dans leur exacte chronologie. Par arrêt n°032/CE/26 du 31 juillet 2026, le Conseil d’État a déclaré recevable le recours formé par l’État centrafricain contre le jugement du Tribunal administratif de Bangui du 15 juillet 2026. Il a ensuite infirmé ce jugement dans toutes ses dispositions, statuant à nouveau au fond, et rejeté comme irrecevable la demande de sursis à exécution. Les dépens ont été mis à la charge d’ANTASER B.V. et de son partenaire PADIMA.

Cette décision est capitale parce qu’elle détruit une partie du récit selon lequel le dossier Pabandji serait simplement la conséquence d’une prétendue victoire d’ANTASER contre l’État. Le 31 juillet, la haute juridiction administrative a au contraire donné gain de cause à l’État dans son recours contre la décision du Tribunal administratif.

Mais il serait tout aussi dangereux d’en tirer la conclusion inverse : l’arrêt du Conseil d’État ne prouve évidemment pas que les poursuites pénales contre Pabandji seraient justifiées. Le contentieux administratif et le dossier pénal sont deux procédures distinctes. Le premier oppose l’État à ANTASER B.V. et PADIMA. Le second concerne personnellement Pabandji et les faits qui lui sont reprochés.

C’est précisément parce que ces affaires sont juridiquement distinctes qu’il faut s’interroger sur la manière dont elles sont aujourd’hui mélangées dans la communication publique.

Pabandji aurait été interpellé le 7 août 2026 à la Section de recherches et d’investigations, avant d’être entendu par le parquet. Selon les éléments rapportés, cette intervention faisait suite à son absence à une audience correctionnelle du 6 août. Les poursuites évoquées concernent notamment des violences contre une magistrate, des injures, des menaces et des faits d’ordre sexuel impliquant une mineure. Ces accusations sont graves ; elles demeurent cependant des accusations tant qu’elles n’ont pas été établies par une juridiction.

C’est précisément ici que commence l’étrangeté institutionnelle.

Après son passage au parquet, Pabandji aurait été reçu au ministère de la Communication en présence du président du HCC, José Richard Pouambi, et de la vice-présidente Nellie Yapandé. Une réunion de plusieurs heures aurait ensuite fait l’objet d’une communication publique. Puis un ordre de mission pour Paris aurait été délivré pour le 12 août, alors même qu’une audience correctionnelle était annoncée pour le 20 août.

Si ces éléments sont exacts, les questions ne manquent pas. Qui a autorisé la mission ? Quel était son objet ? L’autorité qui l’a délivrée connaissait-elle la date de l’audience ? Le parquet avait-il été informé ? Existait-il une mesure judiciaire empêchant ou encadrant une sortie du territoire ? Et surtout : pourquoi une institution publique aurait-elle organisé le déplacement international d’un de ses responsables alors qu’il devait prochainement comparaître devant une juridiction ?

Aucune de ces questions ne préjuge de la culpabilité de Pabandji. Elles concernent le fonctionnement de l’État.

Et elles deviennent plus sensibles encore lorsque Pabandji présente publiquement le différend ANTASER comme le cœur de ses ennuis et accuse, selon ses propres prises de position rapportées publiquement, l’État centrafricain et Sani Yalo d’être à l’origine de ses difficultés.

C’est ici que le récit mérite d’être retourné.

Si Pabandji est juridiquement distinct d’ANTASER, qu’on le dise. Si ses intérêts économiques ont cessé depuis sa nomination au HCC, qu’on produise les éléments permettant de l’établir. Si, au contraire, il demeure personnellement intéressé au sort de sociétés engagées dans un contentieux contre l’État, la question de l’incompatibilité constitutionnelle devient incontournable.

Le problème n’est donc pas qu’un homme d’affaires défende ses intérêts. Le problème serait qu’un responsable d’une institution constitutionnelle indépendante puisse conserver simultanément des intérêts économiques directement liés à une entreprise dont les rapports avec l’État font l’objet d’un contentieux.

Il existe une autre question, encore plus concrète.

Selon des informations qui restent à documenter par les pièces bancaires et judiciaires, Sani Yalo aurait été bénéficiaire d’un chèque de 1 million de francs CFA qui serait revenu impayé. Jean-Symphorien Mapenzi, premier vice-président de l’Assemblée nationale, aurait pour sa part remis à Pabandji plus de 3 000 euros dans des circonstances qui resteraient également à établir.

Si ces créances sont documentées et si leurs bénéficiaires estiment avoir été victimes d’une infraction, pourquoi ne saisiraient-ils pas le procureur de la République ?

Il ne s’agit pas de demander au parquet de condamner Pabandji. Il s’agit de lui demander d’examiner les faits. Sani Yalo comme Mapenzi ont exactement le même droit que n’importe quel citoyen : déposer une plainte, produire leurs pièces et demander au ministère public de vérifier l’existence éventuelle d’une infraction.

Pabandji, lui aussi, aurait naturellement le droit de se défendre.

C’est cela, l’État de droit. Pas la vengeance. Pas la protection des réseaux. Pas la justice à géométrie variable.

La question centrale du dossier du 20 août n’est donc pas de savoir qui de Pabandji ou de Sani Yalo raconte la meilleure histoire. Elle est de savoir si les institutions centrafricaines sont capables de traiter séparément les responsabilités, les contentieux commerciaux, les intérêts économiques et les poursuites pénales.

Le HCC doit expliquer. Le parquet doit expliquer. Ceux qui ont signé l’ordre de mission doivent expliquer. Et Pabandji doit répondre devant la justice aux faits qui lui sont reprochés.

Quant aux éventuelles créances de Sani Yalo et de Jean-Symphorien Mapenzi, elles doivent suivre leur propre chemin judiciaire.

Une République sérieuse ne choisit pas ses victimes et ses coupables à l’avance.

Elle ouvre les dossiers, vérifie les pièces, confronte les versions et laisse le juge trancher.

Le 20 août, ce n’est donc pas seulement Pabandji qui sera attendu devant le tribunal. C’est aussi la crédibilité d’un système institutionnel qui prétend garantir l’égalité des citoyens devant la loi.

Car la vraie question n’est finalement pas : qui est le bourreau de qui ?

La vraie question est beaucoup plus simple et beaucoup plus dérangeante :

qui, à Bangui, accepte encore de répondre devant la loi lorsque les intérêts économiques, les fonctions publiques et les réseaux de pouvoir se croisent ?

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *