Afrique sur le fil du rasoir : 101 litiges frontaliers menacent la stabilité du continent en 2026

28 janvier 2026 – Plus d’un siècle après la Conférence de Berlin de 1885, où les puissances coloniales européennes ont tracé les frontières africaines à la règle, le continent reste prisonnier de lignes artificielles. Selon l’Union Africaine (UA), pas moins de 101 litiges frontaliers actifs ou latents menacent aujourd’hui la stabilité des 54 États africains.

Les frontières dessinées sans tenir compte des réalités ethniques, géographiques ou économiques ont engendré des conflits persistants. Pétrole offshore, lacs riches en minerais, corridors stratégiques : autant de zones disputées qui attisent les rivalités.

L’UA Border Programme (AUBP) a permis de délimiter environ 80 % des frontières, mais les résultats restent insuffisants. 20 litiges ont été résolus par la Cour Internationale de Justice (CIJ), mais 81 demeurent en suspens, souvent bloqués par manque de volonté politique ou par la pression des intérêts économiques.

Les dossiers les plus explosifs

Somalie vs Kenya – L’océan Indien, enjeu pétrolier

  • Depuis 1963, les deux pays se disputent 100 000 km² de zone maritime.
  • En 2021, la CIJ a attribué 62 % de la zone à la Somalie, mais Nairobi refuse le verdict.
  • En 2026, incidents navals, pêche illégale et forages clandestins ravivent les tensions, avec un risque d’affrontement armé.

Malawi vs Tanzanie – Le lac Nyasa, vital pour 20 millions d’habitants

  • Le Malawi revendique l’intégralité du lac, la Tanzanie la moitié nord.
  • Découverte de 16 billions de pieds cubes de gaz sous ses eaux.
  • En 2026, affrontements de pêcheurs armés et blocus fluvial aggravent la famine dans la région.

RDC vs Rwanda – Les Grands Lacs en feu

  • Héritage des guerres de 1994 et 1996-2003.
  • Enjeu : coltan, or et cobalt, ressources stratégiques mondiales.
  • En 2025-2026, le M23 reprend Goma et avance vers Uvira, provoquant 1,2 million de déplacés. Kinshasa accuse Kigali d’invasion, risque de guerre régionale totale.

Éthiopie vs Érythrée – La frontière désertique du Danakil

  • Guerre fratricide 1998-2000 (100 000 morts).
  • Paix fragile depuis 2018.
  • En 2026, drones éthiopiens et tirs d’artillerie relancent les hostilités, menaçant les routes commerciales vers Djibouti et la mer Rouge, par où transite 12 % du commerce mondial.

Autres foyers de tension

  • Gabon vs Guinée Équatoriale : Îles Mbanie, verdict CIJ attendu fin 2026.
  • Niger vs Bénin : litige frontalier dans la vallée du Mékrou, blocage commercial persistant.
  • Burkina Faso vs Bénin : triangle frontalier disputé, patrouilles armées régulières.
  • Sahel : jihadistes transfrontaliers (JNIM, État islamique) causent 5 000 morts par an.
  • Bassin du lac Tchad : Boko Haram multiplie les attaques, avec 2 000 événements violents recensés en 2025.

Ces litiges frontaliers illustrent la fragilité des États africains face à des frontières héritées de la colonisation. L’UA tente de jouer les médiateurs, mais les ressources naturelles et les enjeux géopolitiques l’emportent souvent sur la diplomatie. Les succès passés (Bakassi entre Cameroun et Nigeria en 2006, Agacher entre Burkina Faso et Mali en 1986) montrent que la CIJ peut résoudre certains conflits. Mais en 2026, avec la guerre civile au Soudan et l’effondrement sécuritaire du Sahel, le risque de balkanisation du continent est réel.

L’Afrique est aujourd’hui sur le fil du rasoir : entre médiations diplomatiques et menaces armées, ses frontières mal héritées continuent de fragiliser son unité. Le défi pour l’Union Africaine est immense : transformer ces lignes de fracture en espaces de coopération, avant que les armes ne prennent définitivement le pas sur la diplomatie.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

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