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Le débat sur la présence militaire française au Bénin vient de franchir un nouveau seuil. Alors que les autorités de Cotonou ont toujours nié l’existence d’une base française sur leur sol, des révélations récentes viennent alimenter la controverse. Le journaliste d’investigation Thomas Dietrich a affirmé que deux gros porteurs de l’armée française ont atterri hier sur la base de Tourou, située dans le centre du pays, débarquant de l’artillerie lourde.
Cette information résonne fortement dans le contexte régional. Depuis plusieurs mois, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES), notamment Ibrahim Traoré du Burkina Faso et Abdourahmane Tiani du Niger, dénoncent la présence militaire française au Bénin, qu’ils considèrent comme une menace directe pour la stabilité de l’alliance. Pour eux, cette base aurait pour objectif de déstabiliser les pays de l’AES, en servant de point d’appui stratégique aux opérations françaises dans la sous-région.
Du côté béninois, le discours officiel reste inchangé : Cotonou nie catégoriquement l’existence d’une telle base. Les autorités affirment que la coopération militaire avec la France se limite à la lutte contre le terrorisme dans le nord du pays, où les groupes armés multiplient les incursions. Pourtant, l’arrivée de deux avions militaires chargés de matériel lourd semble difficile à concilier avec cette version.
La révélation de Dietrich relance donc les interrogations :
- S’agit-il d’un renforcement des capacités béninoises pour lutter contre les groupes terroristes actifs dans la région frontalière avec le Burkina Faso et le Niger ?
- Ou bien d’un déploiement stratégique visant à contenir l’influence grandissante de l’AES, qui a récemment renforcé sa coopération militaire et politique ?
Dans un climat régional marqué par la méfiance et la recomposition des alliances, cette affaire pourrait accentuer les tensions entre le Bénin et ses voisins sahéliens. Elle met également en lumière la fragilité des équilibres géopolitiques en Afrique de l’Ouest, où chaque mouvement militaire est scruté et interprété comme un signal de confrontation ou de rapprochement.
Pour l’heure, aucune confirmation officielle n’est venue étayer ou infirmer les révélations du journaliste français. Mais une chose est certaine : l’atterrissage de ces deux gros porteurs sur la base de Tourou nourrit un climat de suspicion et appelle à une vigilance accrue au sein de l’AES.





