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Née le 20 juin 1949 à Moossou, près de Grand-Bassam, Simone Ehivet Gbagbo s’est imposée comme l’une des figures les plus marquantes de la Côte d’Ivoire contemporaine. Fille d’un gendarme et issue d’une fratrie nombreuse, elle forge très tôt un caractère combatif. Son parcours académique est brillant : doctorat en linguistique africaine et CAPES en lettres modernes. Mais derrière l’institutrice passionnée des années 1970 se cache déjà une militante déterminée, qui brave les interdits du régime de Félix Houphouët-Boigny et subit ses premiers emprisonnements, gagnant ainsi son surnom de « Dame de fer ».
En 1973, sa rencontre avec Laurent Gbagbo marque le début d’un couple politique hors norme. Ensemble, ils fondent en 1982 le Front Populaire Ivoirien (FPI), parti clandestin qui réclame le multipartisme. Tandis que Laurent Gbagbo connaît l’exil, Simone reste au pays, élève leurs jumelles et maintient vivante la flamme militante. Élue députée d’Abobo en 1995, puis vice-présidente de l’Assemblée nationale, elle devient l’architecte idéologique du FPI.
L’accession de Laurent Gbagbo à la présidence en 2000 propulse Simone au cœur du pouvoir. Première Dame atypique, elle exerce une influence politique directe, mais controversée, durant la décennie de crise qui déchire le pays. La crise post-électorale de 2010-2011 la place au centre des polémiques. Son arrestation le 11 avril 2011 symbolise la chute du régime Gbagbo.

Condamnée en 2015 à vingt ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État », elle bénéficie d’une amnistie en 2018 après sept ans de détention. En 2023, son divorce avec Laurent Gbagbo marque la fin d’un duo politique emblématique. Mais loin de se retirer, elle fonde le Mouvement des Générations Capables (MGC), qu’elle présente comme une alternative entre pouvoir et opposition. À l’approche de l’élection présidentielle de 2025, elle se repositionne comme une figure incontournable, invoquant son « devoir envers l’histoire ».
Simone Ehivet Gbagbo incarne à la fois la résistance et la controverse. Pour certains, elle reste une icône de la lutte contre le parti unique et une voix de l’émancipation politique. Pour d’autres, elle demeure associée aux heures sombres de la crise ivoirienne. En 2026, son défi est clair : transformer son héritage militant en projet rassembleur capable de peser sur l’avenir politique du pays.
La question reste ouverte : sera-t-elle perçue comme une figure de résistance anticoloniale, une architecte controversée d’une décennie de crise, ou une actrice encore capable de remodeler le paysage politique ivoirien?





