0076/HAAC/01-2023/pl/P
Réunis à Monrovia la semaine dernière, les gouverneurs des banques centrales de douze pays de la CEDEAO ont relancé le vieux projet de la monnaie unique régionale, l’Eco. Après des décennies de reports, l’objectif affiché est désormais 2027, conformément aux engagements pris lors du sommet d’Abuja en décembre 2025. Les discussions techniques portent sur la convergence budgétaire et monétaire, pierre angulaire de cette ambition.
Mais un détail du communiqué de la présidence nigériane bouleverse les équilibres. La première phase de mise en œuvre pourrait se faire sans les huit États de l’UEMOA, qui disposent déjà d’une monnaie commune – le franc CFA – et d’une banque centrale intégrée. Autrement dit, l’Eco pourrait naître en dehors du noyau monétaire existant.
Selon le texte, « la première phase de mise en œuvre devrait concerner le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Guinée et la Gambie, sous réserve du respect des critères de convergence macroéconomique convenus et de la finalisation des structures de gouvernance institutionnelle ». Ce choix traduit la volonté des grandes économies non membres de l’UEMOA, notamment le Nigeria et le Ghana, de prendre l’initiative et d’avancer sans attendre.
Cette orientation ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de l’intégration monétaire ouest-africaine. Elle pose aussi des questions sensibles : comment articuler deux blocs monétaires distincts au sein de la CEDEAO ? L’UEMOA acceptera-t-elle de rejoindre ultérieurement un projet initié sans elle ? Et surtout, l’Eco pourra-t-il surmonter les obstacles politiques et économiques qui ont déjà retardé son lancement à maintes reprises ?
À l’heure où la CEDEAO cherche à renforcer sa cohésion face aux crises régionales, la monnaie unique apparaît plus que jamais comme un test de volonté politique et de capacité à dépasser les divergences nationales.





