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Joseph Rao Kony, né en 1961 à Odek dans le nord de l’Ouganda, incarne l’une des figures les plus sombres des conflits africains contemporains. Ancien enfant de chœur, il s’est proclamé prophète avant de fonder en 1987 l’Armée de Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA), un groupe rebelle qui a transformé la Bible en instrument de terreur.
Kony émerge dans un contexte de chaos politique après la chute du président Tito Okello et la répression des Acholis par le régime de Yoweri Museveni. Inspiré par le Mouvement du Saint-Esprit de sa tante Alice Lakwena, il fonde la LRA avec l’objectif affiché d’instaurer une théocratie basée sur les Dix Commandements. Très vite, cette rhétorique religieuse se mue en violence systématique contre les civils. London School of Economics and Political Science
La LRA est responsable de massacres, mutilations et enlèvements massifs. Plus de 60 000 enfants ont été kidnappés entre 1987 et 2008, transformés en soldats, esclaves sexuels ou porteurs. Les rituels mystiques imposés par Kony – onctions d’huile, croyances en l’invulnérabilité – renforcent son emprise psychologique sur ses recrues. L’insurrection s’étend au Soudan du Sud, à la République Démocratique du Congo et à la République Centrafricaine, provoquant des déplacements massifs de populations. Wikipedia
En 2005, la Cour pénale internationale (CPI) émet des mandats d’arrêt contre Kony et ses lieutenants pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les États-Unis et plusieurs pays africains déploient des forces pour le traquer, sans succès. Malgré l’effondrement progressif de la LRA, Kony demeure introuvable, probablement caché dans les forêts de la RCA. Aujourd’hui âgé de 64 ans, il reste un symbole d’impunité, tandis que la CPI envisage des procès en son absence. Britannica
Joseph Kony illustre la dérive des mouvements politico-religieux en Afrique, où la foi a été instrumentalisée pour justifier des atrocités. Son parcours rappelle l’urgence de renforcer la justice internationale et la protection des civils face aux seigneurs de guerre. La question demeure : la communauté mondiale parviendra-t-elle un jour à traduire ce « messie sanglant » devant un tribunal, ou restera-t-il l’incarnation d’une impunité sans fin ?





