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La guerre du Biafra ne fut pas seulement une tragédie nigériane : elle devint un théâtre où se jouèrent les rivalités des grandes puissances et des réseaux africains. Derrière les combats entre le général Yakubu Gowon et le colonel Odumegwu Ojukwu, se cachait une lutte mondiale pour le pétrole, l’influence et l’idéologie. Le conflit illustre à merveille comment l’Afrique post-coloniale fut instrumentalisée par les superpuissances de la Guerre froide.
Royaume-Uni : le gardien du pétrole. Sous Harold Wilson, Londres s’imposa comme le principal soutien militaire du Nigeria.
- Aide militaire : 40 millions de livres sterling en prêts, fusils Lee-Enfield, obusiers L7, roquettes.
- Formation : instructeurs britanniques formant les recrues nigérianes.
- Blocus naval : la Royal Navy verrouilla les côtes biafraises dès juillet 1967.
- Motivations : protéger les parts de Shell-BP (80 % du pétrole nigérian) et éviter une contagion sécessionniste en Afrique.
- Conséquences : victoire militaire, mais image ternie par la famine orchestrée.
Moscou, sous Leonid Brejnev, livra plus de 120 MiG-17 et MiG-21, pilotés par des aviateurs égyptiens.
- Objectifs : contrer l’influence gaulliste en Afrique francophone et s’implanter dans le Golfe de Guinée.
- Impact : supériorité aérienne écrasante, bombardements sur Uli, accélérant la chute du Biafra.
Égypte et Soudan : relais panafricanistes
- Contribution : pilotes, munitions, soutien diplomatique à l’OUA.
- Motivations : défendre l’unité africaine et renforcer les alliances arabo-africaines.
France : l’ombre de De Gaulle et Foccart. Paris, via Jacques Foccart, orchestra un soutien clandestin au Biafra.
- Livraisons : fusils MAS-36, mortiers, devises SAFRAP, hôpitaux de campagne.
- Pont aérien « Mercure » : 100 tonnes d’armes par mois.
- Motivations : rivalité avec Londres, ambitions pétrolières d’Elf Aquitaine, rhétorique gaulliste du droit des peuples.
- Conséquences : prolongation de la guerre, scandale diplomatique, naissance de Médecins Sans Frontières en 1971.
États africains pro-Biafra
- Côte d’Ivoire (Houphouët-Boigny) : hub aérien, asile pour Ojukwu.
- Gabon (Bongo) : ravitaillement et mercenaires.
- Tanzanie (Nyerere) et Zambie (Kaunda) : reconnaissance officielle, par idéalisme anticolonial.
Mercenaires : les soldats de fortune
- Figures : Rolf Steiner (Suisse), Bob Denard (France), Pierre Laureys (Belgique), Jack Malloch (Rhodesie).
- Rôle : défense d’Owerri, raids audacieux.
- Motivations : contrats lucratifs, prestige militaire.
Conséquences géopolitiques et humanitaires
- Humanitaire : famine massive, 6 000 morts/jour en 1968 ; MSF naît de ce drame.
- Géopolitique : victoire fédérale consacre l’intangibilité des frontières coloniales (OUA, 1964).
- Économie : Nigeria devient pétro-dépendant, Shell domine les exportations.
- Mémoire : trauma igbo nourrit l’IPOB de Nnamdi Kanu, réprimé depuis 2015.
- Relations internationales : fracture durable entre influence britannique et réseaux francafricains.
La guerre du Biafra fut une tragédie nigériane, mais aussi une guerre par procuration où se croisèrent les ambitions des superpuissances et des réseaux africains. Elle incarne la « malédiction des ressources » : le pétrole comme moteur de convoitises et de destructions.
Provocation historique pour vos lecteurs : Sans l’ingérence étrangère, la guerre aurait-elle duré trois ans ? La France fut-elle le véritable pyromane du conflit ?





