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Dans la région des Savanes, une affaire de microfinance informelle secoue les communautés rurales. Sous le nom séduisant de « Fidélité Humaine », cette structure s’est présentée comme une opportunité de paiement échelonné pour obtenir du matériel de cuisine, des appareils électriques ou des matériaux de construction. Son slogan prometteur « Fidélité humaine vous offre tout ce dont vous avez besoin » a attiré des centaines de femmes vulnérables, séduites par l’idée de cotiser de petites sommes quotidiennes pour accéder à des biens qu’elles ne pouvaient acheter en gros.
Les collectrices, munies de carnets, parcouraient les concessions pour encaisser les cotisations journalières. Les femmes, souvent commerçantes ou productrices de boissons locales, espéraient obtenir des ustensiles ou du matériel de construction. Mais la réalité s’est révélée cruelle : les prix fixés par « Fidélité Humaine » étaient largement supérieurs à ceux des boutiques locales. Une carafe, par exemple, coûtait 37 000 FCFA via la tontine, contre 6 000 à 12 000 FCFA dans le commerce.
Certaines femmes ont cotisé jusqu’à 50 000 FCFA, voire davantage, avant que les organisateurs ne disparaissent avec la caisse. Les collectrices elles-mêmes, manipulées et parfois cotisantes, n’ont pas été payées. Les promesses de tôles, ciment ou appareils électroménagers se sont transformées en désillusion. À la place des biens promis, seules quelques bassines en plastique ont été distribuées par la mère d’un des organisateurs, qui a tenté de calmer la colère en s’engageant à rembourser partiellement.
Alertées par les victimes, les forces de l’ordre ont intercepté l’un des cerveaux de l’escroquerie alors qu’il tentait de fuir après s’être offert une moto neuve et divers biens de luxe. Placé en détention, il a reconnu que ses complices détenaient la majeure partie des fonds. Mais plusieurs responsables ont réussi à disparaître, laissant derrière eux des carnets signés et des femmes ruinées.
Cette affaire illustre la vulnérabilité des populations rurales face aux systèmes financiers informels. L’extrême pauvreté pousse les femmes à accepter des conditions abusives, espérant améliorer leur quotidien. Mais au lieu de soutien, elles se retrouvent piégées dans des mécanismes d’extorsion. Les analystes soulignent que la prolifération de telles pratiques est favorisée par l’absence de régulation stricte et par le manque d’accès aux institutions financières crédibles.
Aujourd’hui, la désolation est visible sur les visages des victimes. Beaucoup ont perdu leurs économies, mobilisé leurs familles et sacrifié leur maigre revenu pour un projet qui s’est révélé être une escroquerie. L’affaire « Fidélité Humaine » résonne comme un avertissement : sans vigilance et sans encadrement, les promesses de microfinance peuvent se transformer en pièges destructeurs pour les plus vulnérables.





