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La bataille géopolitique entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la CEDEAO ne se joue pas seulement sur les réseaux sociaux ou dans les chancelleries. Elle s’incarne désormais dans l’économie réelle, avec des conséquences directes sur les ports, les recettes fiscales et les circuits logistiques de la sous-région.
Le Port Autonome d’Abidjan et celui de San Pedro sont les poumons de l’économie ivoirienne. Mais ces poumons se dégonflent : le Burkina Faso a tourné le dos au port d’Abidjan, entraînant une perte estimée à 125 milliards FCFA entre février 2025 et février 2026. Ouagadougou réoriente ses flux vers Accra et Lomé, où les matériels arrivent chaque mois dans un climat de transparence et de confiance.
Le Mali, de son côté, consolide un partenariat stratégique avec le Sénégal, capable de sécuriser ses importations d’hydrocarbures et de matériels divers. Plus ambitieux encore, Bamako étudie un gigantesque projet d’accès à la mer via le fleuve Sénégal, évalué à plusieurs milliards. Ce chantier, s’il voit le jour, désenclaverait définitivement le pays et renforcerait l’axe Mali–Sénégal, réduisant drastiquement la dépendance aux rails et aux hydrocarbures ivoiriens.
Le Niger, principal partenaire du Bénin, ajuste lui aussi ses paramètres. Cap maintenu sur Lomé pour l’instant. Conséquence directe : l’économie béninoise s’affaiblit, la grogne monte au port de Cotonou, et le chômage des dockers et agents portuaires explose. La question devient existentielle : que devient le port de Cotonou sans le Niger ? Et que reste-t-il du projet d’interconnexion ferroviaire Cotonou–Niamey sans flux commerciaux ?
Dans ce bras de fer, les gagnants sont clairs : le Ghana et le Togo, qui voient leurs ports se renforcer grâce à l’afflux des flux commerciaux réorientés. Les décisions régionales se prennent vite, fluides comme un virement mobile, pendant que les économies ivoirienne et béninoise subissent une hémorragie silencieuse.
Au-delà des slogans politiques et des postures diplomatiques, la réalité est brutale : les ports sont les principaux pourvoyeurs de recettes fiscales des États. Si le Port Autonome d’Abidjan ne sert plus que les importateurs et exportateurs ivoiriens, c’est toute l’assiette fiscale du pays qui s’effondre.
La géopolitique des slogans peut faire du bruit, mais la géoéconomie des ports, des rails et des recettes fiscales est implacable : quand elle casse, elle ne tweete pas, elle facture.





