0076/HAAC/01-2023/pl/P
Félix Antoine Tshisekedi, actuel président de la République démocratique du Congo, semble désormais prêt à franchir une nouvelle étape politique en évoquant publiquement la possibilité d’un troisième mandat. Une perspective qui suscite de vives inquiétudes dans un pays marqué par des décennies de conflits et de crises institutionnelles.
Fils d’Étienne Tshisekedi, figure emblématique de l’opposition congolaise face aux régimes de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila, Félix Tshisekedi avait longtemps été perçu comme l’héritier politique d’un combat démocratique. Pourtant, son accession à la tête de l’UDPS en 2017 s’était faite dans la douleur, entre contestations internes et accusations d’inexpérience. Aidé par des alliances tacites avec le pouvoir sortant et des manœuvres politiques, il parvient à se présenter à la présidentielle de 2018.
Les résultats de ce scrutin, largement contestés par l’opposition et par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), avaient donné Martin Fayulu vainqueur selon les observateurs indépendants. Mais c’est Félix Tshisekedi qui fut proclamé président, dans ce que beaucoup ont qualifié de compromis politique avec Joseph Kabila.
Cinq ans plus tard, en 2023, il est réélu dans un climat de contestations et de soupçons de fraude électorale. Ses promesses de mettre fin à la guerre dans l’Est du pays et de restaurer la stabilité nationale restent largement non tenues, alimentant la frustration des Congolais.
Aujourd’hui, alors que son deuxième mandat doit s’achever en novembre 2028, Tshisekedi affirme qu’il ne pourra organiser les élections si la sécurité n’est pas rétablie dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Plus encore, il laisse entendre qu’il pourrait accepter un troisième mandat si « le peuple » le lui demandait. Une déclaration qui rappelle les scénarios déjà observés ailleurs en Afrique, où des mobilisations orchestrées et financées servent à légitimer des prolongations anticonstitutionnelles de pouvoir.
L’opposition congolaise, plus déterminée que jamais, rejette toute tentative de modification de la Constitution. Elle dénonce une dérive autoritaire qui risquerait d’ajouter une crise politique à une situation sécuritaire déjà dramatique, avec plus de six millions de morts liés aux conflits armés depuis les années 1990.
Face à cette menace, les organisations régionales, l’Union africaine et l’ONU sont accusées de passivité, souvent promptes à réagir une fois la crise installée mais rarement capables de prévenir les dérives. Pour de nombreux observateurs, l’Afrique doit rompre avec cette « boulimie du pouvoir » et faire respecter les textes constitutionnels afin de se concentrer sur les véritables enjeux : la paix, la stabilité et le développement.






