0076/HAAC/01-2023/pl/P
À Bobo-Dioulasso, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance examine une affaire sensible qui met en lumière les tensions entre normes sociales, convictions religieuses et droits individuels. Djamila (nom d’emprunt), étudiante de 25 ans, comparaît pour avoir volontairement interrompu une grossesse, à la suite d’une plainte déposée en décembre 2025 par son ex-compagnon, Abou (nom d’emprunt). Celui-ci affirme être le père de l’enfant et accuse la jeune femme d’avoir agi sans son consentement.
Les deux protagonistes avaient entretenu une relation amoureuse pendant plusieurs années, avant de se séparer tout en gardant des contacts sporadiques. À la barre, Djamila a reconnu les faits. Elle a expliqué que sa décision était motivée par la crainte du jugement de sa famille et de son église, mais aussi par le désir de poursuivre ses études sans interruption. Elle a précisé que l’avortement avait été discuté avec son partenaire, mais qu’elle avait finalement assumé seule la responsabilité de l’acte.
Cette affaire soulève des débats brûlants sur la criminalisation de l’avortement au Burkina Faso, où la loi ne l’autorise que dans des cas très limités (viol, inceste, danger pour la vie de la mère ou malformation grave du fœtus). En dehors de ces situations, les femmes qui y recourent risquent des peines de prison, tout comme les praticiens qui les assistent.
Au-delà du cadre juridique, le procès de Djamila met en lumière la pression sociale et religieuse qui pèse sur de nombreuses jeunes femmes. Entre la peur du rejet communautaire et la volonté de poursuivre un projet de vie, elles se retrouvent souvent dans des dilemmes douloureux. L’affaire relance ainsi le débat sur la nécessité d’une réforme législative et d’une meilleure sensibilisation autour des droits reproductifs et de la santé des étudiantes.
Le verdict attendu sera scruté de près, car il pourrait devenir un symbole de la confrontation entre tradition, religion et aspirations modernes des jeunes générations.





