Alpha Blondy et l’AES : Entre Paris et Moscou, le Reggaeman joue -t-il à l’équilibriste?

«Vive la France, vive la Russie ! » Voilà une déclaration qui mérite réflexion. Alors qu’il appelle les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) à mettre fin aux coups d’État, Alpha Blondy tient un discours qui soulève autant de questions qu’il apporte de réponses. Au nom de quelle conviction parle-t-il réellement ?

Alpha Blondy a-t-il choisi son camp ou préfère-t-il rester au milieu du gué ? C’est la question que soulève sa récente sortie à l’endroit du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

L’artiste ivoirien n’a pas mâché ses mots. Pour lui, les coups d’État successifs constituent un frein au développement de l’Afrique et déstabilisent toute la sous-région. De Modibo Keïta à Assimi Goïta, de Maurice Yaméogo à Ibrahim Traoré, il estime que le continent a suffisamment payé le prix des ruptures institutionnelles.

Sur ce point, son interpellation mérite d’être entendue. L’Afrique n’a effectivement plus besoin de crises politiques à répétition. Elle a besoin de stabilité, de démocratie, d’institutions solides et surtout de dirigeants responsables devant leurs peuples.

Mais là où le discours devient particulièrement intéressant, c’est lorsqu’Alpha Blondy lance : « Vive la France, vive la Russie ! »

Alors, de quelle souveraineté parle-t-on lorsqu’on dénonce les influences étrangères tout en saluant simultanément deux puissances qui défendent des intérêts géopolitiques parfois opposés en Afrique ?

La souveraineté africaine ne doit être ni française, ni russe, ni américaine. Elle doit être africaine !

L’Afrique ne peut éternellement remplacer une dépendance par une autre et appeler cela une victoire. Le véritable affranchissement consiste à pouvoir commercer avec Paris, coopérer avec Moscou, dialoguer avec Washington et entretenir des relations avec Pékin, sans jamais sacrifier ses intérêts nationaux.

Autre interrogation : pourquoi demander aux Maliens de rester derrière leur chef ? La lutte contre les coups d’État ne doit pas conduire à une adhésion automatique à ceux qui arrivent au pouvoir par les armes. Le respect de la souveraineté populaire implique aussi le droit des citoyens à questionner leurs dirigeants, à exiger des comptes et à réclamer le respect des engagements institutionnels.

On ne peut pas condamner les coups d’État au nom de la démocratie et, dans le même temps, laisser croire que la fidélité à un dirigeant constitue une obligation politique.

Alpha Blondy, le chanteur engagé ou l’équilibriste politique ?

L’artiste a toujours occupé une place particulière dans les débats politiques ivoiriens. Ses prises de position et ses rapports avec les différentes figures du pouvoir en Côte d’Ivoire ont alimenté les discussions. Son intervention actuelle ne fait donc pas exception.

Mais attention : critiquer son discours ne signifie pas rejeter son appel à la paix et à la stabilité. Il est parfaitement légitime de dénoncer les coups d’État, tout comme il est nécessaire de dénoncer les ingérences étrangères et les manipulations géopolitiques.

Seulement, il faut de la cohérence.

L’Afrique n’a pas besoin de discours qui ménagent tout le monde. Elle a besoin de voix courageuses, capables de dénoncer les injustices, qu’elles viennent des anciennes puissances coloniales, des nouveaux partenaires internationaux ou des dirigeants africains eux-mêmes.

Au final, Alpha Blondy veut-il défendre la souveraineté africaine ou simplement appeler les grandes puissances à cohabiter sur le continent ?

Une chose est certaine : l’avenir de l’Afrique ne se décidera ni à Paris ni à Moscou. Il se construira par les Africains et pour les Africains.

Le débat reste ouvert.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

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