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Au Burkina Faso, la décision d’imposer une formation militaire obligatoire aux journalistes suscite une vive controverse : présentée par la junte comme une “immersion patriotique”, elle est dénoncée par les défenseurs de la liberté de la presse comme une militarisation inquiétante du métier.
Au Burkina Faso, plus de 40 journalistes issus de médias publics et privés ont récemment participé à une semaine de formation militaire à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou. Cette initiative, baptisée immersion patriotique, est désormais rendue obligatoire chaque année par les autorités de transition. Les participants, vêtus de treillis et armés, ont suivi des exercices de maniement d’armes, de secourisme tactique et d’entraînement physique, sous la supervision des forces de sécurité.
Le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a justifié cette mesure en affirmant qu’« un journaliste professionnel qui n’est pas patriote est une menace pour son pays ». Dans une vidéo diffusée par la télévision nationale, on le voit s’adresser aux journalistes en uniforme, leur demandant s’ils sont prêts à être « patriotiques et professionnels », ce à quoi ils répondent en chœur : « Affirmatif ! ».
Les autorités expliquent que cette formation vise à « imprégner les journalistes des réalités opérationnelles et des valeurs des forces de défense et de sécurité », dans un contexte marqué par la guerre contre les groupes djihadistes qui ensanglante le pays depuis 2015.
Cependant, cette initiative soulève de vives inquiétudes. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une atteinte grave à la liberté de la presse, estimant que « les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre, habillés en uniforme et armés à la main ». Plusieurs observateurs craignent que cette militarisation du métier ne réduise encore davantage l’indépendance des médias, déjà soumis à une forte pression du pouvoir, avec des suspensions de médias et des arrestations de journalistes.
Cette “immersion patriotique” illustre la volonté de la junte burkinabè de contrôler le récit national en intégrant les journalistes dans l’effort de guerre. Si les autorités invoquent la nécessité de renforcer la cohésion nationale face au terrorisme, les critiques y voient une dérive autoritaire qui menace l’indépendance de la presse et le droit à l’information.





