0076/HAAC/01-2023/pl/P
De Senghor et Mamadou Dia à Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’histoire politique africaine semble condamnée à rejouer le même scénario : celui de la rupture entre compagnons de lutte. Depuis les indépendances, les alliances forgées dans l’enthousiasme révolutionnaire ou la conquête du pouvoir se brisent, laissant derrière elles un goût amer de trahison et de désillusion.
Les exemples abondent. Thomas Sankara et Blaise Compaoré au Burkina Faso, Ibrahim Baré Mainassara et Daouda Malam Wanché au Niger, Alassane Ouattara et Guillaume Soro en Côte d’Ivoire, Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum au Niger, ou encore Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ghazouani en Mauritanie : autant de duos qui ont incarné, puis déchiré, l’espoir d’une gouvernance solidaire.
Chaque fois, la même mécanique s’installe : la conquête du pouvoir unie, la gestion du pouvoir divisée. Les ambitions personnelles, les calculs politiques et les rivalités d’influence finissent par l’emporter sur la vision commune. L’Afrique, pourtant riche de talents et de leadership, semble prisonnière d’un cycle où la loyauté politique se dissout dans la quête de domination.
Ce phénomène n’est pas seulement une question de personnes, mais de système. Les institutions fragiles, la personnalisation du pouvoir et l’absence de contrepoids démocratiques favorisent les ruptures. Les alliances politiques deviennent des pactes de circonstance, rarement fondés sur une idéologie partagée ou une vision durable du développement.
De 1960 à 2026, les visages changent, mais les logiques demeurent. Les coups d’État, les limogeages spectaculaires, les rivalités internes et les exclusions politiques traduisent une incapacité à construire une culture de gouvernance fondée sur la confiance et la responsabilité collective.
L’Afrique veut se faire entendre sur la scène mondiale, mais ses divisions internes affaiblissent sa voix. Tant que la politique restera un champ de rivalités personnelles plutôt qu’un espace de service public, les ruptures continueront de miner la stabilité et la crédibilité des États.
Le cas récent du Sénégal, avec la fracture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, illustre cette répétition tragique : deux hommes portés par une même lutte contre l’ancien régime, aujourd’hui opposés dans une bataille d’autorité et de légitimité.
L’Afrique souffre d’un mal chronique, celui de la trahison politique entre frères d’armes. Tant que la loyauté restera subordonnée à la conquête du pouvoir, le continent continuera de tourner en rond, rejouant sans fin la même pièce avec de nouveaux acteurs. Il est temps que la politique africaine cesse d’être un théâtre de rivalités pour redevenir un espace de vision, de cohérence et de fidélité aux peuples.





