Existe-t-il une amitié entre les États ? Le cas de la Russie et de l’Afrique

Entre intérêts et discours de fraternité : la réalité des relations internationales. Dans les relations internationales, les États parlent souvent d’« amitié », de « partenariat stratégique » ou de « fraternité historique ». Pourtant, les spécialistes des relations internationales rappellent généralement qu’il n’existe pas d’amitié au sens affectif entre les États, comme il peut en exister entre des individus. Les nations agissent d’abord en fonction de leurs intérêts politiques, économiques, sécuritaires et géostratégiques.

Cette idée, souvent résumée par la célèbre formule attribuée au diplomate britannique Lord Palmerston selon laquelle « les États n’ont pas d’amis permanents, ils n’ont que des intérêts permanents », demeure l’un des principes fondamentaux de la géopolitique contemporaine.

Dès lors, lorsqu’un pays se présente comme l’ami d’un autre, il convient de s’interroger sur les intérêts mutuels qui sous-tendent cette relation.

Les relations entre la Russie et l’Afrique ne datent pas de l’époque actuelle. Elles trouvent leurs racines dans la période de l’Union soviétique, particulièrement durant la guerre froide.

À l’époque, Moscou soutenait plusieurs mouvements de libération nationale et gouvernements africains engagés dans la lutte contre le colonialisme ou contre les régimes soutenus par les puissances occidentales. L’URSS a notamment apporté une aide politique, militaire et diplomatique à des mouvements en Angola, au Mozambique, en Namibie, en Afrique du Sud ou encore en Guinée-Bissau.

Ce passé continue d’alimenter un capital de sympathie dans certains pays africains, où la Russie est parfois perçue comme une puissance qui a soutenu les combats pour l’indépendance lorsque plusieurs États occidentaux demeuraient liés aux anciennes administrations coloniales.

Après une période de relatif retrait consécutive à l’effondrement de l’URSS en 1991, la Russie a progressivement renforcé sa présence en Afrique depuis les années 2000.

Cette stratégie s’est accélérée sous la présidence de Vladimir Poutine, avec une diplomatie active fondée sur plusieurs axes :

La coopération militaire ;

La vente d’armes ;

Les accords de sécurité ;

L’exploitation des ressources minières ;

L’énergie, notamment le nucléaire civil ;

Les partenariats diplomatiques au sein des organisations internationales.

La Russie cherche également à obtenir le soutien des pays africains dans les grandes enceintes internationales, notamment à l’ONU, où le continent représente plus d’un quart des États membres.

L’intérêt de Moscou pour l’Afrique répond à plusieurs objectifs. D’abord, le continent constitue un espace stratégique où la Russie peut élargir son influence face aux États-Unis, à l’Union européenne et à la Chine.

Ensuite, l’Afrique dispose d’importantes ressources naturelles : or, uranium, manganèse, cobalt, lithium, diamants, pétrole et gaz. Ces richesses suscitent l’intérêt de nombreuses puissances étrangères.

Enfin, le soutien diplomatique africain est devenu particulièrement important depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022. Plusieurs pays africains ont adopté des positions de neutralité ou refusé de suivre intégralement les sanctions occidentales contre Moscou.

Pour plusieurs gouvernements africains, le partenariat avec Moscou présente des avantages spécifiques.

La Russie met souvent en avant un discours fondé sur la souveraineté nationale et la non-ingérence dans les affaires intérieures. Cette approche séduit certains dirigeants confrontés à des crises sécuritaires ou à des critiques occidentales sur la gouvernance et les droits humains.

Dans plusieurs États du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la Russie a également gagné en influence dans un contexte de dégradation des relations avec certaines puissances occidentales.

Moscou se présente alors comme une alternative stratégique susceptible de fournir un soutien militaire sans condition politique explicite.

Malgré les discours officiels, qualifier la Russie d’« amie de l’Afrique » reste une simplification.

L’Afrique n’est pas un bloc homogène. Chaque État africain entretient avec Moscou des relations différentes selon ses besoins, ses priorités et ses intérêts nationaux. De même, la Russie développe ses partenariats en fonction de ses propres objectifs géopolitiques, économiques et diplomatiques.

Comme pour les États-Unis, la Chine, la France, la Turquie ou les pays du Golfe, la présence russe sur le continent répond essentiellement à une logique d’influence et de puissance.

La question n’est donc pas de savoir si la Russie est l’amie de l’Afrique, mais plutôt quels intérêts rapprochent Moscou et certains États africains. Derrière les discours de solidarité historique, les relations internationales demeurent dominées par les calculs stratégiques, les enjeux économiques et les rapports de force.

Dans ce contexte, la véritable préoccupation pour les pays africains n’est pas de choisir des amis, mais de construire des partenariats capables de servir durablement leurs intérêts de développement, de sécurité et de souveraineté.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

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