Kenya : le projet américain de centre Ebola déclenche une crise politique et sanitaire

Le gouvernement kényan s’est retrouvé sur la défensive cette semaine. L’annonce de l’installation d’un centre de quarantaine américain sur la base aérienne de Laikipia, destiné à des ressortissants américains exposés au virus Ebola, a provoqué une levée de boucliers : recours en justice, menace de grève des médecins, accusations de manque de transparence. Le pays est en ébullition.

Ce que Washington veut installer

Les États-Unis souhaitent ouvrir, sur la base aérienne de Laikipia, un centre d’isolement de 50 lits pour accueillir des citoyens américains potentiellement exposés à la souche Bundibugyo du virus Ebola, actuellement à l’origine d’une épidémie en République démocratique du Congo et en Ouganda.

Le dispositif prévu est le suivant : les patients asymptomatiques y seraient mis en quarantaine, les cas confirmés orientés vers des structures spécialisées, puis transférés vers des centres médicaux en Europe. Washington présente ce projet comme un mécanisme préventif visant à raccourcir les délais de prise en charge.

La justice saisie, la Constitution invoquée

Le Katiba Institute, organisation kényane de défense constitutionnelle, a saisi les tribunaux pour bloquer le projet. L’organisation dénonce un accord négocié dans l’opacité et soulève des questions constitutionnelles graves. Elle réclame que les autorités kényanes rendent publiques les conditions exactes de cet accord avec Washington.

Le directeur général de l’Africa CDC, Jean Kaseya, a lui aussi tiré la sonnette d’alarme. Il avertit que le centre pourrait fragiliser davantage le système de santé kényan si des ressources adéquates ne sont pas mobilisées en parallèle.

Les médecins montent au créneau

La contestation a rapidement gagné le corps médical. Le Syndicat des médecins, pharmaciens et dentistes du Kenya (KMPDU) a condamné fermement le projet et exigé la publication des termes de l’accord. Il a posé un ultimatum au gouvernement : 48 heures pour faire preuve de transparence, faute de quoi une grève sera déclenchée.

Le syndicat n’a pas mâché ses mots. « Nous sommes profondément indignés par la volonté manifeste du gouvernement de sacrifier la biosécurité nationale et la vie de ses citoyens au profit de l’aide étrangère », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Son secrétaire général, Davji Bhimji Atella, a résumé le sentiment général en une formule lapidaire : « Si c’est trop dangereux pour l’Amérique, c’est trop dangereux pour le Kenya. »

Une question de souveraineté

Derrière la polémique sanitaire se profile un débat plus profond. Ce projet relance la question de la souveraineté des États africains face aux initiatives étrangères en matière de gestion des crises. Nairobi accepte-t-il de servir de zone tampon sanitaire pour des ressortissants d’un autre pays, sur son propre sol, sans débat public ni consentement éclairé de sa population ?

Le gouvernement kényan n’a pas encore apporté de réponse claire. Le compte à rebours est lancé.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

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