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Dans les années 1980, Mouammar Kadhafi a créé un corps d’élite féminin unique au monde : une garde personnelle composée exclusivement de femmes, surnommées les « Amazones » par la presse internationale. Officiellement baptisées les « religieuses révolutionnaires » (al‑rahibat al‑thawriyyat), elles étaient formées à l’académie militaire féminine de Tripoli, ouverte en 1983.
Leur recrutement était strict : jeunes femmes d’environ 20 ans, célibataires, vierges, tenues de prêter un vœu de chasteté. Environ 400 femmes ont servi dans ce corps au fil des années, avec un détachement tournant de 15 à 40 gardes accompagnant le « Guide » lors de ses déplacements. Leur uniforme mêlait discipline militaire et coquetterie : béret et ceinture rouges, talons noirs, bijoux et maquillage autorisés.
Ce choix répondait à une logique politique. Après plusieurs tentatives de coup d’État, notamment celle d’Omar Mehichi en 1975 et celle des officiers Warfalla en 1993, Kadhafi purgeait régulièrement son armée pour éviter toute coalition d’officiers. Confier sa protection à des femmes recrutées hors des circuits militaires classiques était une manière de réduire les risques. L’ex‑officier américain Joseph Stanik résumait ainsi la stratégie : « Un tireur arabe hésiterait à abattre une femme ».
La légende des Amazones s’est nourrie d’épisodes spectaculaires. En 1998, une garde surnommée Aïsha aurait perdu la vie en protégeant Kadhafi lors d’une attaque à Derna, récit largement repris par la presse mais jamais confirmé par la justice. Les images de Kadhafi entouré de ses gardes féminines, comme au sommet du Caire en 1994, ont marqué durablement son règne.
Après la chute du régime en 2011, le corps s’est dissous. Certaines anciennes gardes ont repris une vie civile, d’autres ont fui ou se sont réfugiées dans la clandestinité. Plusieurs témoignages recueillis par la psychiatre Seham Sergewa et relayés par la journaliste Annick Cojean accusent Kadhafi, ses fils et des responsables du régime de viols répétés. Ces allégations, rapportées par la presse et des témoins, n’ont jamais été tranchées par la justice, mais elles jettent une ombre sur l’image de ce corps d’élite longtemps présenté comme un symbole de modernité.
Sources : BBC, Le Monde (Annick Cojean, enquête sur les violences sexuelles du régime), archives de presse internationale sur les « Amazones » de Kadhafi.





