Litige frontalier Togo–Ghana : et si Lomé revendiquait l’héritage du Togo britannique ?

Le différend frontalier entre le Togo et le Ghana, régulièrement ravivé autour des zones maritimes et terrestres, ouvre une réflexion plus large : celle de l’héritage historique du Togo britannique, territoire placé sous mandat britannique après la Première Guerre mondiale et intégré au Ghana lors de l’indépendance en 1957.

Le Togo, colonie allemande jusqu’en 1914, fut partagé entre la France et le Royaume-Uni après la défaite allemande. La partie occidentale, dite Togo britannique, fut administrée par Londres avant d’être rattachée au Ghana à la suite d’un plébiscite organisé en 1956. Depuis, Lomé n’a jamais officiellement revendiqué ce territoire, mais la mémoire historique reste vive dans certains cercles intellectuels et politiques.

Le différend maritime et frontalier avec le Ghana pourrait être perçu par certains comme une occasion de rouvrir le dossier du Togo britannique. Dans un contexte où les États africains cherchent à renforcer leur souveraineté territoriale et économique, une telle revendication aurait des implications majeures :

  • Géopolitiques : redéfinition des frontières et tensions accrues avec Accra.
  • Économiques : accès à de nouvelles ressources et contrôle renforcé des voies maritimes.
  • Identitaires : réactivation d’un débat historique sur l’unité et la mémoire nationale togolaise.

Toutefois, une telle démarche se heurterait à plusieurs contraintes : Le droit international, qui reconnaît les frontières héritées de la décolonisation (principe de l’uti possidetis juris), la stabilité régionale, menacée par une remise en cause des frontières établies, les relations diplomatiques au sein de la CEDEAO, où le Togo et le Ghana sont appelés à coopérer plutôt qu’à s’affronter.

Si le Togo devait mettre en avant une revendication sur le Togo britannique, cela pourrait être davantage un outil de pression diplomatique qu’une véritable ambition territoriale. Dans un contexte de litige frontalier, cette carte historique pourrait servir à renforcer la position de Lomé dans les négociations, mais elle risquerait aussi d’alimenter des tensions régionales.

En définitive, le litige Togo–Ghana rappelle que les cicatrices de la colonisation restent présentes dans les dynamiques africaines contemporaines. La question n’est pas seulement de savoir si le Togo peut « récupérer » le Togo britannique, mais plutôt de réfléchir à la manière dont l’histoire coloniale continue de peser sur les relations entre États africains.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *