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L’histoire du Togo porte une cicatrice invisible mais profonde : celle de sa partition au lendemain de la Première Guerre mondiale. Ce découpage arbitraire, décidé par les puissances coloniales européennes, a façonné durablement le destin des peuples togolais et ghanéens, en particulier celui des Éwés, séparés par une frontière qui n’avait rien de naturel.
En 1914, le Togoland, colonie allemande prospère et unifiée, est envahi par les forces franco‑britanniques. La défaite allemande entraîne en 1919, lors du traité de Versailles, le partage du territoire par la Société des Nations. La partie occidentale est confiée à la Grande‑Bretagne et rattachée administrativement à la Gold Coast, tandis que la partie orientale devient le Togo français. Ce choix, imposé sans consultation des populations, divise brutalement familles et cultures.
Le dilemme ressurgit en 1956, lorsque l’ONU organise un plébiscite dans le Togo britannique. Deux options s’offrent aux habitants : attendre une éventuelle réunification avec le Togo français ou s’intégrer immédiatement à la Gold Coast en voie d’indépendance. Le Sud, dominé par les Éwés, vote massivement contre l’intégration, espérant un Togo uni. Le Nord, plus proche culturellement des peuples de la Gold Coast, choisit l’intégration. Le verdict est sans appel : 58 % des suffrages valident l’adhésion au futur Ghana.
Le 6 mars 1957, la Gold Coast devient la République du Ghana et absorbe définitivement le Togo britannique, désormais région de la Volta. Au Togo français, cette décision est vécue comme une amputation nationale. Sylvanus Olympio, futur président du Togo indépendant, dénoncera toute sa vie ce qu’il considère comme une injustice historique. Les relations entre Lomé et Accra resteront longtemps marquées par cette fracture, entre nostalgie togolaise et fermeté ghanéenne face aux velléités de sécession.
La partition du Togo illustre les tragédies nées du découpage colonial de l’Afrique. Le plébiscite de 1956, bien qu’organisé sous l’égide de l’ONU, révèle les limites du principe d’autodétermination lorsqu’il se heurte aux clivages ethniques et aux calculs géopolitiques. Cent ans après, la frontière demeure, mais les cultures continuent de se croiser et de résister à la division.





