0076/HAAC/01-2023/pl/P
La faible participation des citoyens aux initiatives locales constitue aujourd’hui un défi pour la gouvernance et le développement des territoires. Si les populations répondent encore présentes lors de certaines activités communautaires, leur implication dans les processus de décision, le suivi de l’action publique et les initiatives de développement demeure insuffisante.
C’est le constat fait par M. KAYO Lètou, acteur de la société civile, consultant en gouvernance locale, en politique de développement et en résolution des conflits communautaires. Selon lui, le constat est particulièrement préoccupant chez les jeunes, dont le poids démographique et le potentiel constituent pourtant un atout majeur pour les communes.
Cette faible participation s’explique par plusieurs facteurs : déficit d’information, manque d’espaces de dialogue, sentiment que la participation citoyenne ne produit pas toujours de résultats concrets, difficultés socio-économiques, recherche d’emploi, manque de disponibilité et parfois perte de confiance dans les institutions.
Face à cette situation, M. KAYO Lètou appelle à un changement d’approche. La participation citoyenne ne doit pas être réduite à la mobilisation des populations pour des activités ponctuelles. Elle doit permettre aux citoyens de s’informer, s’exprimer, proposer, suivre l’action publique et contribuer aux solutions locales.
Le Bureau du Citoyen, un cadre à renforcer
Dans cette dynamique, le Bureau du Citoyen (BdC) doit occuper une place centrale. En tant que cadre formel dédié à la participation citoyenne et au Contrôle Citoyen de l’Action Publique (CCAP), il constitue un espace privilégié d’écoute, de dialogue entre citoyens et autorités locales, de remontée des préoccupations et de suivi des réponses apportées par les collectivités.
Son rôle mérite ainsi d’être davantage connu et valorisé auprès des populations, particulièrement des jeunes et des organisations de la société civile. Le BdC peut contribuer à faire passer le citoyen d’une position de simple bénéficiaire à celle d’acteur et de partenaire de la gouvernance locale.
Un appel aux autorités centrales et locales
La société civile invite les autorités centrales à considérer la participation citoyenne comme un levier stratégique de consolidation de la décentralisation, et non comme une démarche secondaire. Les collectivités doivent être davantage accompagnées afin de disposer des moyens et mécanismes nécessaires pour instaurer un dialogue régulier avec leurs administrés.
Les autorités locales, de leur côté, sont appelées à ouvrir davantage leurs portes aux citoyens, à communiquer sur leurs actions et à créer des espaces où les préoccupations des communautés peuvent être entendues et prises en compte. La participation ne peut être durable si le citoyen a le sentiment que sa voix n’est ni entendue ni suivie d’effet.
Il est également nécessaire de renforcer et de mieux accompagner les Bureaux du Citoyen, afin qu’ils puissent pleinement jouer leur rôle d’interface entre les populations et les collectivités. Leur proximité avec les citoyens constitue un potentiel important pour prévenir les incompréhensions, recueillir les préoccupations et favoriser la redevabilité locale.
La société civile appelle également à une meilleure institutionnalisation du dialogue entre communes et organisations citoyennes, notamment dans la conception, le suivi et l’évaluation des projets locaux. Les jeunes doivent être considérés non seulement comme une cible des politiques publiques, mais comme des partenaires capables de proposer des solutions et de porter des initiatives.
Enfin, il devient urgent de restaurer un cercle vertueux : le citoyen participe parce qu’il est informé, il reste engagé parce qu’il est écouté, et il fait confiance lorsqu’il constate que sa participation produit des résultats.
Pour un nouveau pacte citoyen
La société civile recommande notamment de renforcer l’information citoyenne, de multiplier les cadres de concertation, d’associer davantage les jeunes aux décisions locales, de développer l’éducation civique et citoyenne et de garantir un retour d’information sur les préoccupations exprimées.
Il est également essentiel de renforcer la collaboration entre communes, Bureaux du Citoyen, organisations de la société civile, associations de jeunes et communautés afin d’installer une culture permanente de participation et de redevabilité.
Au fond, le défi n’est pas seulement de mobiliser davantage de citoyens, mais de leur donner de véritables raisons de participer.
Une gouvernance locale efficace ne peut se construire uniquement pour les citoyens, mais avec eux. Le regain de l’engagement citoyen est donc une responsabilité partagée et une condition essentielle d’un développement territorial durable, inclusif et harmonieux.





