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Dans les années 1970 et 1980, les célèbres Nana Benz de Lomé incarnaient la réussite économique et sociale. Ces commerçantes, devenues icônes, roulaient en Mercedes-Benz, symbole de prospérité, et dominaient le marché du pagne africain. Leur succès reposait sur un capitalisme local audacieux, bâti sans formation académique poussée mais avec une maîtrise exceptionnelle des réseaux commerciaux.
Leur ascension s’inscrivait dans un contexte où la consommation et les pratiques sociales portaient une forte charge symbolique : la baguette de pain à 15 francs et le haricot qui mijotait des heures rappelaient la lenteur et la valeur du quotidien. Les boucles d’oreilles en or offertes aux nouveau-nés traduisaient la volonté des familles de signifier la valeur et la dignité de leurs enfants.
Ces femmes, en vendant des pagnes, ont bâti une identité économique et culturelle qui marquait la société togolaise et ouest-africaine.
Aujourd’hui, le marché du pagne est bouleversé par la démocratisation des tissus venus de Chine. Les usines africaines peinent à rivaliser, et l’Afrique importe plus de pagnes qu’elle n’en produit. Cette dépendance interroge : pourquoi n’a-t-on pas su transformer l’héritage des Nana Benz en une industrie locale solide ?
Malgré ce recul, l’histoire des Nana Benz reste une source d’inspiration. Elle montre qu’un capitalisme endogène est possible et que des nations, même fragilisées, peuvent se reconstruire et devenir des acteurs majeurs. L’Afrique dispose d’exemples et de ressources pour relancer une industrie textile locale et redonner au pagne sa valeur stratégique.
Cet article illustre à la fois la nostalgie d’une époque révolue et la nécessité d’une réinvention économique. Les Nana Benz ne sont pas seulement un souvenir : elles incarnent un modèle de réussite que l’Afrique peut encore adapter à l’ère de la mondialisation.





