0076/HAAC/01-2023/pl/P
Face à la dégradation du pouvoir d’achat, aux difficultés des petites entreprises et à la crise de confiance entre citoyens et institutions, la société civile appelle les pouvoirs publics à des réformes économiques et sociales urgentes, fondées sur la justice fiscale, la transparence et une meilleure redistribution des richesses nationales.
Au Togo, la cherté de la vie pèse lourdement sur les ménages. C’est le constat fait par l’un des acteurs de la société civile, M. KAYO Lètou, consultant en gouvernance locale en politique de développement et en résolution des conflits communautaires.
Se nourrir, se soigner, se loger, scolariser les enfants et se déplacer deviennent des défis quotidiens. Pour de nombreux travailleurs, le salaire ne suffit plus à couvrir les dépenses jusqu’à la fin du mois. Les petits commerçants, artisans et entrepreneurs, confrontés à des charges multiples et à une demande parfois insuffisante, peinent également à maintenir leurs activités. Cette situation appelle des réponses concrètes. Les populations n’attendent pas seulement des explications mais des mesures concrètes et capables d’améliorer réellement leurs conditions de vie.
M. KAYO Lètou, affirme qu’à ces difficultés économiques s’ajoutent les préoccupations relatives à la transparence dans la gestion publique, aux allégations de corruption et de détournement de fonds, ainsi qu’aux retards dans l’achèvement de certains projets d’infrastructures. Lorsque les citoyens ne perçoivent pas suffisamment les résultats des dépenses publiques, la confiance envers les institutions s’érode.
Au-delà des querelles politiques, l’urgence sociale doit nous rassembler
La société civile appelle les partis politiques, les leaders politiques, les intellectuels et les universitaires à dépasser les querelles politico-politiciennes et les stratégies de positionnement visant à attirer les faveurs du pouvoir, pour proposer des solutions concrètes aux difficultés des populations. Pendant que les uns se disputent les espaces d’influence à travers des meetings, des conférences, des colloques, des familles togolaises peinent à remplir leur panier, à joindre les deux bouts et à se soigner. Au-delà des divergences politiques et des ambitions personnelles, l’urgence est sociale et humaine : le débat public doit prioritairement contribuer à améliorer les conditions de vie des citoyens et non à créer des conflits politiques qui viendront encore impacter sur le vécu quotidien des pauvres populations.
Face à cette réalité, la société civile propose une action publique davantage orientée vers le pouvoir d’achat, l’emploi et la justice sociale.
Premièrement, les pouvoirs publics devraient engager une évaluation de la pression fiscale pesant sur les petites et moyennes entreprises, les artisans et les commerçants. Il s’agirait de simplifier les procédures, de réduire les prélèvements disproportionnés, d’adapter certaines taxes au chiffre d’affaires réel et à la capacité contributive des petites activités, tout en luttant contre les prélèvements informels. L’objectif n’est pas de supprimer l’impôt, mais de garantir une fiscalité équitable qui préserve les entreprises, l’emploi et les recettes publiques.
Deuxièmement, il est urgent d’envisager des subventions ciblées et temporaires en faveur des ménages vulnérables et des secteurs essentiels. Des mécanismes transparents pourraient soutenir l’accès aux produits alimentaires de base, aux soins, au transport collectif et aux intrants agricoles. Les producteurs locaux pourraient également bénéficier d’un meilleur accès aux semences, aux équipements et aux financements afin de renforcer l’offre nationale et de limiter certaines dépendances aux importations.
Troisièmement, la mobilisation des ressources nationales doit être renforcée. Cela suppose un contrôle rigoureux des revenus issus des richesses minières, foncières, énergétiques et autres ressources exploitées sur le territoire national, dans le respect des compétences des institutions concernées. Les contrats, les redevances, les exonérations fiscales et les recettes effectivement encaissées doivent faire l’objet d’un suivi transparent. Les sociétés d’État devraient publier régulièrement leurs résultats financiers, leurs contributions au budget national et les dividendes versés à l’État. Les audits nécessaires doivent permettre d’identifier les pertes, les dépenses inefficaces et les éventuelles irrégularités.
Quatrièmement, les ressources ainsi mieux mobilisées doivent contribuer à financer les priorités sociales : santé, éducation, eau potable, assainissement, emploi des jeunes et infrastructures de proximité. Les projets publics doivent être suivis jusqu’à leur achèvement, avec des délais précis et des comptes rendus accessibles aux citoyens.
Enfin, la restauration de la confiance exige un dialogue permanent entre les pouvoirs publics, les organisations de la société civile, les syndicats, les opérateurs économiques et les citoyens. Les recommandations issues des consultations et des débats budgétaires doivent être assorties de responsabilités clairement définies, d’échéances et d’un mécanisme public de suivi.
La société civile rappelle que l’effort national ne peut reposer exclusivement sur les ménages et les petites entreprises. Il doit également s’accompagner d’une gestion exemplaire des ressources publiques, d’une contribution équitable des acteurs économiques et d’une lutte effective contre la corruption.
Aujourd’hui, les Togolais attendent des actes mesurables : une fiscalité plus juste, des prix plus supportables, des entreprises capables de survivre et de créer des emplois, des richesses nationales mieux valorisées et des services publics à la hauteur des besoins.
La société civile lance donc un appel à la responsabilité et à l’action. Car la bonne gouvernance ne se limite pas à la mobilisation des recettes ou à l’annonce de projets : elle se mesure aussi à la capacité de l’État à protéger les plus vulnérables, à soutenir l’activité économique et à garantir que les richesses nationales profitent effectivement à l’ensemble de la population. Soulager les ménages, libérer le potentiel des petites entreprises et transformer les ressources nationales en progrès social : telle doit être l’ambition d’une action publique au service des citoyens.









