0076/HAAC/01-2023/pl/P
Alors que les collectivités territoriales togolaises s’apprêtent à élaborer leurs budgets pour l’exercice 2027, les attentes des populations demeurent immenses. Pour M. KAYO Lètou, consultant en gouvernance locale, politique de développement et résolution des conflits communautaires, les orientations fixées par le ministère de l’Administration territoriale ne prendront tout leur sens que si elles débouchent sur des actions concrètes capables d’améliorer durablement les conditions de vie des citoyens.
La Lettre n° 1694 du ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières définit les grandes orientations devant guider l’élaboration et l’exécution des budgets des collectivités territoriales pour l’année 2027. Participation citoyenne, mobilisation des ressources locales, investissements sociaux, gouvernance de proximité et prise en compte des besoins prioritaires des populations figurent parmi les axes majeurs de ce document adressé aux conseils régionaux et municipaux.
Pour M. KAYO Lètou, ces orientations constituent une opportunité de renforcer l’efficacité de la décentralisation au Togo. Toutefois, il estime que leur réussite dépendra essentiellement de la capacité des élus locaux à les traduire en projets visibles et utiles pour les citoyens. L’accès aux soins de santé, à l’eau potable, à des infrastructures scolaires adaptées, à des routes praticables et à des marchés modernes reste au cœur des préoccupations des populations.
Des choix budgétaires guidés par les besoins réels
La lettre ministérielle insiste sur l’implication des Comités de développement à la base (CDQ/CVD), des organisations de la société civile et des autres acteurs locaux dans la préparation et le suivi des budgets. Elle recommande également la prise en compte du fonctionnement du Bureau du Citoyen ainsi que le renforcement des investissements sociaux et de l’autofinancement du développement local.
Selon l’expert, ces orientations doivent conduire les collectivités à effectuer des arbitrages budgétaires fondés sur des besoins clairement identifiés et exprimés par les populations. Les ressources disponibles, souvent limitées, devraient être orientées prioritairement vers les secteurs essentiels que sont la santé, l’éducation, l’eau potable, l’assainissement, les infrastructures routières et les équipements marchands.
Une meilleure programmation des investissements permettrait ainsi de privilégier les projets à fort impact social, susceptibles d’améliorer rapidement les conditions de vie des habitants tout en favorisant le développement économique local.
Les limites des ressources locales
La mise en œuvre de ces ambitions intervient cependant dans un contexte marqué par des difficultés économiques qui affectent de nombreux ménages et acteurs économiques. Cette situation réduit la capacité contributive des populations et complique la mobilisation des ressources propres des collectivités territoriales.
Pour M. KAYO Lètou, il serait irréaliste d’attendre des communes et des régions qu’elles répondent seules à l’ensemble des besoins de leurs territoires. La réussite de la politique de décentralisation passe nécessairement par un accompagnement renforcé de l’État.
Cet appui devrait notamment se traduire par la mise à disposition effective et prévisible des ressources destinées aux collectivités à travers le Fonds d’Appui aux Collectivités Territoriales, mais également par un accompagnement technique dans la conception, la planification et le suivi des projets de développement.
Un partenariat indispensable entre État et collectivités
L’expert souligne également la nécessité de renforcer les capacités des élus locaux et des administrations territoriales dans les domaines de la gestion budgétaire, de la mobilisation des ressources, de la passation des marchés publics et du suivi-évaluation des projets.
Selon lui, la décentralisation ne pourra produire tous ses effets que si les responsabilités transférées aux collectivités sont accompagnées de moyens humains, financiers et techniques adaptés. Il plaide également pour une meilleure coordination entre les ministères sectoriels et les collectivités territoriales afin d’éviter les doublons et d’assurer une complémentarité entre les investissements nationaux et locaux.
Des recommandations pour une gouvernance locale plus efficace
Pour donner une portée concrète aux orientations budgétaires de 2027, M. KAYO Lètou formule plusieurs recommandations.
À l’endroit des conseils municipaux et régionaux, il préconise l’identification participative des besoins prioritaires de chaque territoire, l’élaboration et la publication d’une liste des projets prioritaires avec leurs coûts et leurs sources de financement, ainsi que la publication régulière des niveaux d’exécution des projets et des dépenses engagées.
Il recommande également de réserver une place importante aux infrastructures essentielles dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’assainissement, de l’eau potable, des routes et des marchés, tout en intégrant les coûts liés à leur entretien.
Aux autorités nationales, il demande de garantir la prévisibilité des transferts financiers vers les collectivités, de renforcer l’assistance technique aux communes et aux régions et de soutenir prioritairement les collectivités les plus fragiles sur la base de critères objectifs tenant compte des besoins sociaux et des inégalités territoriales.
Enfin, il invite les citoyens et les organisations de la société civile à participer davantage aux débats budgétaires, à exercer un contrôle citoyen constructif sur les projets publics et à promouvoir la transparence ainsi que la reddition des comptes.
Faire de 2027 l’année des résultats
Pour M. KAYO Lètou, l’exercice budgétaire 2027 doit marquer un tournant décisif dans la mise en œuvre de la décentralisation au Togo. Plus qu’un simple exercice comptable, il doit constituer une étape vers une gouvernance locale davantage orientée vers les résultats et les besoins réels des populations.
« La réussite de la décentralisation ne se mesure pas uniquement à travers les budgets votés, mais surtout à travers les infrastructures réalisées, les services publics améliorés et les changements positifs observés dans la vie quotidienne des citoyens », souligne-t-il.
À l’heure où les collectivités préparent leurs budgets, l’enjeu est donc clair : transformer les orientations administratives en réalisations concrètes afin que la décentralisation réponde effectivement aux aspirations des populations et contribue au développement équilibré des territoires.





