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Après près d’un demi-siècle d’existence, le Certificat d’aptitude pédagogique (CAP) disparaît du paysage éducatif togolais. Présentée comme une réforme administrative, cette décision soulève pourtant des questions de fond sur la valorisation du métier d’enseignant, l’évaluation des compétences pédagogiques et les perspectives de carrière dans le système éducatif.
Le gouvernement togolais a engagé une réforme majeure dans le secteur de l’éducation en mettant officiellement fin à l’organisation des examens du Certificat d’aptitude pédagogique (CAP) du premier et du deuxième degré. La décision est consacrée par un arrêté signé le 23 octobre 2026 par le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, abrogeant ainsi le texte du 12 avril 1978 qui régissait ces examens depuis quarante-huit ans.
Sur le plan administratif, la mesure peut être interprétée comme une volonté de moderniser les mécanismes de certification professionnelle des enseignants. Toutefois, au-delà de l’aspect réglementaire, elle ouvre un débat plus large sur la place de l’évaluation pédagogique dans la carrière des éducateurs togolais.
Pendant plusieurs décennies, le CAP a constitué une étape importante dans le parcours professionnel des enseignants. Au-delà du simple examen, il représentait un outil de reconnaissance des compétences pédagogiques acquises sur le terrain et un levier de progression dans la hiérarchie éducative. Sa suppression interroge donc sur les mécanismes qui viendront désormais remplir cette fonction.
Certes, l’arrêté prévoit des mesures transitoires. Les détenteurs du Certificat élémentaire d’aptitude pédagogique (CEAP) du premier degré pourront encore se présenter au CAP correspondant. De même, certains enseignants fonctionnaires du secondaire exerçant dans des disciplines spécifiques, notamment le dessin, l’éducation physique et sportive (EPS), l’enseignement ménager et la musique, conserveront la possibilité de candidater au CAP du deuxième degré sous certaines conditions académiques.
Mais ces dispositions apparaissent davantage comme un accompagnement de sortie que comme une réponse aux interrogations structurelles soulevées par la réforme.
Une modernisation qui mérite davantage d’explications
La question centrale demeure celle du remplacement. Si l’État supprime un dispositif de certification vieux de plusieurs décennies, quels seront les nouveaux instruments d’évaluation des compétences professionnelles ? Les enseignants seront-ils désormais évalués selon d’autres critères ? Une formation continue certifiante remplacera-t-elle les examens supprimés ? À ce stade, les réponses publiques à ces préoccupations restent limitées.
Dans un contexte où la qualité de l’enseignement constitue un enjeu majeur pour le développement du capital humain, toute réforme touchant à la formation et à la certification des enseignants nécessite une communication claire et une vision de long terme. Sans cela, le risque est de voir naître des inquiétudes au sein du corps enseignant quant aux perspectives d’évolution professionnelle.
Entre simplification administrative et risque de vide institutionnel
Les défenseurs de la réforme pourraient y voir une simplification bienvenue d’un système de certification devenu parfois inadapté aux réalités contemporaines. D’autres y percevront au contraire la disparition d’un repère institutionnel qui structurait la progression des enseignants depuis plusieurs générations.
Dans l’immédiat, il serait prématuré de conclure que la suppression du CAP affaiblira ou renforcera le système éducatif. Cependant, une réforme de cette ampleur ne saurait être réduite à un simple acte administratif. Elle pose une question fondamentale : comment reconnaître, valoriser et accompagner les compétences pédagogiques des enseignants dans le Togo de demain ?
La réponse à cette interrogation déterminera en grande partie la portée réelle de cette décision ministérielle, bien au-delà de l’abrogation d’un texte datant de 1978.









