Faut-il fuir la démocratie ? Le débat relancé par Ibrahim Traoré

Le capitaine Ibrahim Traoré, président de transition du Burkina Faso, a récemment suggéré qu’il faudrait « fuir la démocratie ». Une formule qui suscite un vif débat sur le continent. Car si la démocratie est souvent critiquée pour ses dérives et ses manipulations, elle demeure, en théorie, le système permettant aux citoyens de choisir librement leurs dirigeants et de demander des comptes.

L’histoire récente de l’Afrique montre des contradictions. Lorsque le palais présidentiel de Laurent Gbagbo fut bombardé en 2011 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy au nom de la « démocratie », peu de voix s’étaient élevées pour dénoncer cette intervention. De même, la modification de la Constitution togolaise en 2002, permettant à Gnassingbé Eyadéma de se maintenir au pouvoir, ou la crise de 2005 qui porta son fils Faure Gnassingbé au sommet de l’État dans des conditions contestées, n’avaient pas suscité une indignation généralisée.

Aujourd’hui, certains invoquent la souveraineté pour rejeter l’influence française, parfois au profit de la Russie. D’autres vont plus loin, affirmant que la démocratie ne serait qu’un instrument au service de puissances étrangères.

Pourtant, l’Afrique du Sud démontre que la démocratie peut être un vecteur de paix et de transition. Le principe « un homme, une voix », porté par Nelson Mandela, a permis de sortir de l’apartheid et d’instaurer une alternance politique. Au Sénégal, la vitalité démocratique s’est illustrée par la capacité du peuple à s’opposer à certaines dérives et à favoriser l’alternance, comme récemment avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye et la cohabitation avec son Premier ministre Ousmane Sonko.

À l’inverse, plusieurs pays du continent connaissent des logiques de confiscation du pouvoir ou de transmission dynastique : au Togo, au Tchad après la mort d’Idriss Déby, ou encore au Cameroun et en République du Congo, où la longévité des régimes interroge.

La trajectoire des deux Corées illustre les conséquences de choix politiques opposés : autoritarisme et isolement au Nord, démocratie et développement au Sud. Ce contraste rappelle que rejeter la démocratie en bloc peut conduire à l’impasse.

La démocratie n’est pas parfaite. Elle exige des institutions solides, des élections transparentes et un véritable État de droit. Mais la question n’est pas de « fuir la démocratie », comme le suggère Ibrahim Traoré, mais de définir quelle démocratie l’Afrique veut construire et au service de qui.

On peut s’opposer à l’ingérence étrangère tout en défendant la démocratie. En revanche, les mascarades électorales observées dans certains pays francophones n’ont rien à voir avec ce système.

Sources : BBC Afrique, RFI, Jeune Afrique, Le Monde Afrique.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

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