0076/HAAC/01-2023/pl/P
L’histoire contemporaine de l’Iran est marquée par une succession de traumatismes et de menaces qui ont façonné sa vision du monde et sa stratégie de défense. La question nucléaire, souvent réduite à une confrontation idéologique avec l’Occident, s’inscrit en réalité dans une logique de survie autant que de puissance.
Encadré par des voisins dotés de l’arme nucléaire — le Pakistan à l’est, la Russie au nord, Israël dans la région — et sous la surveillance constante des porte-avions américains, Téhéran vit dans un environnement stratégique hostile. Les leçons de l’histoire sont brutales : les pays sans dissuasion nucléaire peuvent être envahis, renversés, détruits.
Le traumatisme fondateur remonte à 1953, lorsque le Premier ministre Mohammad Mossadegh, démocratiquement élu, fut renversé par un coup orchestré par la CIA et le MI6 après avoir nationalisé le pétrole. L’Iran comprit alors que sa souveraineté pouvait être brisée par les grandes puissances. La Révolution islamique de 1979 renforça ce sentiment d’isolement, avec des sanctions, une guerre contre l’Irak et une hostilité internationale.
Les exemples récents ont confirmé cette perception : l’Irak, envahi en 2003 malgré l’absence d’armes de destruction massive ; la Libye, qui renonça à son programme nucléaire avant que Kadhafi ne soit renversé et exécuté. Pour Téhéran, la conclusion est implacable : « Ceux qui désarment finissent par mourir. »
Aujourd’hui, la bombe nucléaire est envisagée non comme un instrument de conquête, mais comme une police d’assurance. Elle incarne la garantie que personne n’osera franchir la ligne rouge de l’existence du régime. Elle symbolise le droit d’exister sans demander la permission.
Qu’on approuve ou qu’on condamne cette logique, elle repose sur une réalité profondément humaine : la peur de disparaître et la volonté farouche de ne jamais redevenir vulnérable. L’Iran ne cherche peut-être pas à dominer le monde ; il cherche avant tout à s’assurer que le monde ne pourra jamais le détruire.





