Visa africain : quand l’Afrique ferme ses portes à ses propres enfants

Le paradoxe est saisissant. Sur le continent africain, il est souvent plus facile pour un Européen d’obtenir un visa africain que pour un Africain de voyager dans un autre pays du continent. Alors que les ressortissants européens foulent librement le sol africain, visitant sans visa la majorité des États, les Africains eux-mêmes se heurtent à des barrières administratives et diplomatiques qui freinent la mobilité intra-africaine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : lorsqu’un Européen entame les démarches pour un visa africain, 90 % des demandes aboutissent favorablement, les 10 % restants ne dépendant que du respect des conditions formelles. À l’inverse, des milliers d’Africains voient leurs dossiers rejetés dans les ambassades africaines, souvent sans explication claire. Ce déséquilibre illustre une réalité troublante : l’Afrique est plus ouverte au monde qu’à elle-même.

Les Européens circulent sur le continent comme dans un vaste marché, profitant d’accords bilatéraux et de politiques d’ouverture touristique. Pendant ce temps, un Africain qui souhaite visiter un pays voisin doit affronter un véritable parcours du combattant : formulaires interminables, justificatifs financiers, lettres d’invitation, et parfois des refus arbitraires.

Cette situation contredit l’esprit de la Zone de libre circulation africaine et les ambitions de l’Union africaine, qui prône depuis des décennies une intégration fondée sur la solidarité et la mobilité des peuples.

Pour sortir de cette contradiction, il est urgent de supprimer les visas entre pays africains et de créer un passeport africain unique, symbole d’unité et d’appartenance continentale. Une telle mesure serait un pas décisif vers la véritable intégration africaine, facilitant les échanges économiques, culturels et humains.

Le projet existe déjà dans les textes de l’Union africaine, mais sa mise en œuvre reste timide. Les États doivent désormais passer des discours à l’action : ouvrir leurs frontières aux Africains, comme ils le font aux visiteurs venus d’ailleurs.


L’Afrique ne pourra se construire que par la libre circulation de ses citoyens. Tant que les Africains seront étrangers sur leur propre continent, l’unité africaine restera un rêve inachevé. Le visa africain doit devenir un symbole d’ouverture et non d’exclusion un outil au service de la fraternité, et non un mur entre peuples frères.

Komla AKPANRI
Komla AKPANRI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *